Révoltés, choqués, tracassés et attristés. Ce sont les sentiments qui animent les membres du MSM face aux événements qui font l'actualité. Pour le MSM, entre l'affaire Cunningham, l'affaire Boskalis et l'affaire Subutex, la situation qui prévaut dans le pays est chaotique. La population est traumatisée et l'image de Maurice est en train d'être ternie, estime le leader du MSM, Pravind Jugnauth. "Le pays n'est pas loin d'être étiquetée de république bananière", ajoute-t-il. Déplorant les méthodes utilisées pour forcer l'ex-directeur des douanes, Bert Cunningham, à prendre la porte de sortie de la Mauritius Revenue Authority (MRA), Pravind Jugnauth maintient que ce départ a été orchestré par le ministre des Finances, Rama Sithanen. Il ajoute par ailleurs qu'en proposant "selon un accord mutuel, une compensation ou dédommagement de Rs 8M à Bert Cunningham, la MRA, qui s'est rétractée par la suite, a voulu acheter le silence de l'ex-directeur des douanes".
Cette semaine encore, le leader du MSM, au cours de sa conférence de presse, au Sun Trust Building hier (23 août), a soutenu que Rama Sithanen est à l'origine du départ de Bert Cunningham de la MRA. Selon Pravind Jugnauth, Vasdev Hassamal et Sudhamo Lal, respectivement chairman et directeur de la MRA sont "les paravents de Rama Sithanen dans cette affaire". Il soutient que le traitement infligé à Bert Cunningham découle "d'un agenda qui a été dicté par le ministre des Finances, qui a orchestré son licenciement".
Pravind Jugnauth déplore par ailleurs le silence du ministre des Finances sur toute cette affaire alors que la MRA est une institution qui tombe sous sa responsabilité. Si l'affaire d'exonération fiscale sur le téléviseur LCD de Bert Cunningham a été une tentative pour jeter de la boue sur l'ex-directeur des Douanes, selon le MSM, les résultats d'une enquête interne de la MRA et une enquête de l'ICAC ont révélé que Bert Cunningham était sans blâme. "Mais le 8 août dernier, Bert Cunningham a été forcé de démissionner. Cela, en acceptant, selon un consentement mutuel, une compensation de Rs 8M", déplore Pravind Jugnauth.
Il se dit choqué que les bandits, criminels et trafiquants entre autres bénéficient de traitement VIP, alors qu'on force à partir les personnes qui ont la volonté d'éradiquer ce qui est mauvais. Le MSM est d'avis que "le ministre des Finances est en train d'utiliser la MRA et les méthodes de la Gestapo pour réduire les gens au silence".
Se reportant aux explications de la MRA - selon lesquelles l'institution a décidé de ne pas payer à l'ex-directeur des douanes les six mois de salaires convenu, mais un mois seulement, parce que ce dernier a brisé l'accord convenu entre eux - le leader du MSM s'insurge "qu'une institution telle que la MRA souligne avoir trouvé un accord, avec Cunningham, dans le cas où ce dernier se serait tu".
Pour Pravind Jugnauth, les faits démontrent qu'"on a voulu acheter le silence de Cunningham", faisant ressortir que maintenant que les choses ont été trop loin, la MRA renie son engagement et revient sur sa décision. Il déplore également que "le Premier ministre, Navin Ramgoolam - qui a reçu et écouté Bert Cunningham, qui s'est dit choqué de ce qu'il a appris, et qui s'est assuré que la police garantisse la sécurité de Bert Cunningham - vienne dire en réponse à la PNQ que l'ex-directeur fait des allégations gratuites et porte préjudice au pays".
Pour le leader du MSM, Navin Ramgoolam prend pour argent comptant tout ce que lui racontent le ministre des Finances et la MRA. Pravind Jugnauth rappelle que les révélations troublantes faites par Bert Cunningham ne sont pas nouvelles, ajoutant que plusieurs cas ont été rapportés dans le passé dans la presse.
Pour Pravind Jugnauth "la mafia continue à gagner du terrain à Maurice". Il est inacceptable de continuer à tolérer les personnes qui offrent leur aide à la mafia, lance le leader du MSM à l'égard du Premier ministre. Selon lui, "le gouvernement est en train d'utiliser certaines institutions à des fins de vendetta contre des personnes qui ont le courage de dénoncer les pratiques mafieuses". Rapellant que l'ambassadeur des États-Unis a indiqué suivre cette affaire avec attention, Pravind Jugnauth fait ressortir la gravité de la situation.
Bert Cunningham doit rester au pays
Par ailleurs, le MSM souhaite, selon une politique de transparence, connaître les "particulars of insubordination and gross misconduct" imputés à Bert Cunningham. Revenant sur l'affaire de 7 385 bouteilles de whisky, Pravind Jugnauth fait ressortir que l'importateur en question a indiqué qu'il a sollicité l'intervention de deux Senior Ministers. Le MSM réclame ainsi que ces deux Senior Ministers dévoilent au public : (1) si effectivement ils ont été sollicités ; (2) s'ils sont intervenus ; (3) et, si oui, pour faire quoi et de quelle façon.
Le MSM souhaite par ailleurs que Bert Cunningham reste encore au pays pour aider à faire éclater la vérité . "Pa kapav laisse mafia fer maja. C'est trop facile de dire que les allégations ne sont pas fondées ou encore qu'il s'agit de complot. Le peuple a besoin de connaître la vérité et le Premier ministre ne peut pas rester les bras croisés. Surtout lorsqu'il est en présence d'informations compromettantes", souligne Pravind Jugnauth.
Dans la même lignée, il déplore que l'Attorney General, Rama Valayden, soit toujours ministre, alors qu'il y existe des preuves de son intervention auprès de la police. Se référant par ailleurs au verdict du chef juge et du Senior Puisne Judge, respectivement Bernard Sik Yuen et Keshoe Parsad Matadeen, Pravind Jugnauth ne manque pas de faire ressortir que le portefeuille ministériel que détient Rama Valayden est illégal et espère que le Premier ministre en tiendra compte.
Le parti soleil s'insurge également que le député Richard Duval soit toujours à son poste de Permanent Parliamentary Secretary (PPS) en dépit des révélations faites sur sa connexion avec la passeuse Cindy Legallant et de son intervention pour qu'elle ait l'accès à la terrasse de l'aéroport SSR.
Affaire Boskalis : "Pli fouyé, pli trouv kikchoz"
Le MSM émet également ses doutes concernant l'intégrité du chairman de la Mauritius Ports Authority (MPA) dans l'affaire Boskalis. Pravind Jugnauth se dit révolté de la situation et choqué de la tournure des événements entourant cette affaire. "Dans cette histoire, pli fouyé, pli trouv kikchoz. Outre des documents à l'appui indiquant des transferts d'argent… aujourd'hui on apprend qu'un conseiller gouvernemental, et de surcroît du bureau du Premier ministre, serait impliqué", fait-il ressortir.
Il lance une mise en garde au Premier ministre pour que ce dernier réagisse. "Combien de scandales - paris illégaux, Mauritius Telecom, foire de Quatre-Bornes, trafic de voitures - ont été dévoilés au grand jour ? Mais après, on n'entend plus rien", déplore-t-il, ajoutant que la perception qui se dégage est celle d'un "cover-up". Or, remarque Pravind Jugnauth, dans le cas de Bert Cunningham, en un jour, on a procédé à son arrestation. "La vitesse d'exécution dans ce cas est spectaculaire et cela est franchement inacceptable", note-t-il.
Le leader du MSM revient également sur les deux lois du travail votées vendredi dernier, soutenant qu'elles sont extrêmement dangereuses pour la classe travailleuse. Pour le MSM, une partie de la lutte des travailleurs et des droits acquis, et qui ont été consolidés sous les différents gouvernements, est dorénavant perdue. Pravind Jugnauth, déplorant que les propositions d'amendements du MSM ont été rejetées, estime que les employés sont livrés à la merci des employeurs et à la politique de hire & fire.
Pravind Jugnauth salué également la belle performance du boxeur mauricien Bruno Julie à Pékin. "Ce garçon a marqué l'histoire de Maurice. La médaille de bronze de notre champion vaut tout son pesant d'or et démontre que Maurice dispose du potentiel pour les compétitions de haut niveau", note Pravind Jugnauth.