Le Mouvement Socialiste Militant a appelé, hier (samedi 11 juillet), au "sens d'humanisme" du gouvernement lui demandant "d'assumer ses responsabilités envers la classe des travailleurs en difficulté en accordant une compensation salariale plus raisonnable de 7% aux salariés et bénéficiaires de prestations sociales (pension de vieillesse et autres)".
Selon le parti dirigé par M. Pravind Jugnauth, "si le gouvernement a pu trouver 6 milliards de roupies en guise de Stimulus Package pour aller à la rescousse du secteur privé, il doit aussi pouvoir développer un Stimulus Package également pour les travailleurs". Le MSM a pris la défense des syndicalistes blâmés par le ministre suppléant de Finances, Dr. Vasant Bunwaree, lequel a mis sur leur dos le fait que la compensation salariale n'a pas été plus conséquente. "C'est au gouvernement de faire l'effort de rééquilibrer et d'amener une réconciliation entre le social et l'économie", a soutenu Pravind Jugnauth.
La conférence hebdomadaire du MSM a traité quatre thèmes d'actualités ; la compensation salariale, la fuite à l'étranger du steward français Christophe Caterino pendant qu'il était en instance d'appel contre une accusation de possession de drogue et la question de la remise en liberté sous caution, l'idée de l'introduction d'un service communautaire général et le coût du billet d'avion entre Maurice et Rodrigues.
Évoquant d'abord longuement la question de la compensation salariale, Pravind Jugnauth a affirmé "la déception de son parti non seulement par rapport au taux de compensation, mais également à l'attitude du gouvernement et en particulier celle du ministre des Finances, M. Rama Sithanen. Nous savons comment le ministre des Finances dicte les décisions du National Pay Council et comment il a privé les travailleurs d'une compensation acceptable et raisonnable", a accusé Pravind Jugnauth. En s'appuyant sur l'aveu même du ministre Bunwaree (suppléant aux ministère des Finances) que "peut-être si les syndicalistes avaient été présents au sein du National Pay Council (NPC) on aurait pu avoir obtenu une meilleure compensation salariale", Pravind Jugnauth s'est demandé "pourquoi alors le gouvernement n'a pas assumé ses responsabilités en rectifiant la recommandation du NPC pour une compensation se limitant à seulement 5% ?"Le leader du MSM a exprimé son désaccord que le ministre Bunwaree ait blâmé les syndicalistes. Ces derniers, estime-t-il, "ont raison de dire que c'est le NPC est qui est un gimmick".
"Un soulagement long overdue"
Selon Pravind Jugnauth, le MSM à l'Assemblée nationale a fait un appel au sens d'humanisme du gouvernement. "Nous reconnaissons que les travailleurs passent par des moments extrêmement difficiles et que le gouvernement se doit de tenir la situation sociale en compte. La classe des travailleurs a besoin d'un soulagement long overdue", a déclaré Pravind Jugnauth.
Critiquant Vasant Bunwaree, qui a dit que la formule des négociations tripartites en vigueur dans le passé ne fonctionnait pas, Pravind Jugnauth a affirmé que, au contraire, ce type de négociations avait été un "instrument de justice sociale formidable". "Lorsque je présidais ces négociations en 2004 et 2005, ce n'était pas du cinéma. Elles avaient toutes leur importance et les trois partenaires (employeurs/syndicats et gouvernement) discutaient. Et le gouvernement jouait un rôle objectif d'arbitre qui écoutait et essayait toujours d'arriver à une décision, certes pas unanime, mais le plus consensuelle possible. En ce temps-là, les yeux du public étaient braqués sur le ministre des Finances et on sait que la classe des travailleurs avait toujours une attente légitime à ce que le gouvernement et le ministre des Finances fassent la part des choses en venant avec des propositions justes et équitables. La décision finale à l'issue des tripartites avait toujours indiqué l'état d'esprit du gouvernement vis-à-vis et des travailleurs et des employeurs et a toujours démontré le ‘human touch’ des dirigeants du pays. De par mon expérience, il faut toujours une approche très personnalisée de la compensation salariale parce que lorsque le ministre des Finances présidait les tripartites, il pouvait peser de toute son influence pour essayer d'obtenir le consensus possible", selon Pravind Jugnauth.
Toute en affirmant vouloir se garder de faire des commentaires sur le National Pay Council qui aujourd'hui impose le taux de compensation qu'il veut, Pravind Jugnauth a observé "qu'avec la façon actuelle dont cette institution détermine la compensation salariale depuis quatre ans, année après année, la classe des travailleurs a perdu son pouvoir d'achat". "Depuis quatre ans, régulièrement, le taux de compensation se retrouve être plus bas que celui de l'inflation. Il ne faut pas oublier que la compensation existe pour compenser la perte du pouvoir d'achat sinon on aurait dû changer tout le système. On ne peut donc pas pour évaluer cette perte du pouvoir d'achat, prendre le taux d'inflation et le diviser par deux. D'ailleurs, pourquoi le diviser en deux?", s'est interrogé Pravind Jugnauth. "Lorsque je présidais les négociations tripartites, deux années de suite, en 2004, le taux d'inflation avait été de 3.9% mais le gouvernement avait accordé 4.5 % de compensation et en 2005, alors que le taux d'inflation était de 5.6, la compensation salariale avait été de 6.2 %. Le seuil de salaire pour une compensation salariale maximale était de Rs 4300 et pourtant, la situation économique tout aussi difficile avec les retombées de l'épidémie de SARS, de l'approche de la fin de l'accord multi-fibre, de la guerre en Irak et en Afghanistan et de la réforme du régime sucrier européen", a-t-il fait remarquer.
"Pourquoi pas un Stimulus Package pour les travailleurs aussi ?"
Selon Pravind Jugnauth, "il y a une volonté du gouvernement à secourir le secteur privé dans un contexte de crise international. Il a investi dans un Stimulus Package de Rs 6 milliards et c'est bien parce que ce sont des secteurs porteurs qui sont aidés, mais, pourquoi donc le gouvernement ne manifeste pas la même volonté politique pour aider aussi les travailleurs en général ? On ne peut pas oublier le peuple aussi et il faut rétablir l'équilibre entre l'économie et le social". Pour le MSM, il faut que la compensation salariale soit, au moins, l'équivalent du taux d'inflation. Toujours selon Pravind Jugnauth, "au cours des quatre dernières années, l'inflation a atteint un taux cumulatif officiel de 31,6 % ! Or, les travailleurs ont été compensés durant la même période qu'à la hauteur de 15% seulement". Donc, selon les calculs du MSM, "c'est 16% de compensation qui n'a pas été payé jusqu'ici aux travailleurs. Et, de surcroît, après avoir changé la façon de calculer le taux de compensation, soit en divisant le taux d'inflation par deux, le gouvernement fait de la provocation en voulant faire accroire que le poids des factures du téléphone pèse plus que celui de l'achat de la nourriture ! "
Selon Pravind Jugnauth, même le Central Statistics Office (CSO) a dû concevoir qu'il y a eu un appauvrissement de la population. Et, il dit "comprendre les syndicalistes quand ils ont décidé de ne pas siéger au NPC parce que c'est cette institution le vrai un gimmick. Ni le N.P.C, ni le gouvernement n'a pu expliquer pourquoi on doit diviser le taux d'inflation par deux et y ajoute l'indice de productivité nationale pour fixer la compensation salariale ?. Un simple officier du Central Statistics Office aurait pu lui - même ainsi décider du taux de compensation". Toujours selon le leader du MSM, le seuil de salaire donnant droit à une compensation salariale maximale aurait dû être, au moins, de Rs 4700 (au lieu de Rs 2800). Selon Pravind Jugnauth, "ce seuil se justifie si on en tient en compte que la ligne de pauvreté officielle (selon le Household Budget Survey de 2006 / 2007) est de Rs 3 800 et si on ajuste au coût réel d'aujourd'hui, on arrive à Rs 4700. Au moins, on aurait donner une compensation maximale de 7%". D'après Pravind Jugnauth, si le gouvernement actuel avait adopté la ligne du gouvernement précédent (MSM-MMM), le seuil de salaire donnant accès à une compensation salariale maximale, même dans un contexte économique difficile aurait dû alors être autour de Rs 5,500.
Le leader du MSM s'est dit d'accord que dans un geste de solidarité nationale, le gouvernement décide de ne pas payer de compensation salariale à ceux touchant au-delà d'un certain salaire, mais ce salaire aurait dû être de Rs 15,000 au lieu de Rs 12,000. Ainsi, selon Pravind Jugnauth, "au lieu de 71 % seulement, c'est 85% pourcent des travailleurs qui auraient bénéficié d'une couverture de leur perte de pouvoir d'achat". Pravind Jugnauth estime que Rs 15 000 est un salaire "quand même plus raisonnable".
Le leader du MSM a fait remarquer que le ministre Bunwaree lui-même a avoué "que si les syndicalistes étaient présents au NPC C peut-être ils auraient pu effectivement repousser le seuil à Rs 15, 000". Cet aveu ministériel démontre, selon Pravind Jugnauth, "qu'après tout n'est finalement qu'une question de volonté politique et que, au lieu de blâmer les syndicalistes, le gouvernement aurait pu assumer ses propres responsabilités en rectifiant la recommandation finale du National Productivity Council".
Des sanctions réclamées contre le Secrétaire financier
Pour ce qui a trait aux négociations en cours autour de la réclamation des Rodriguais en faveur de la réduction du coût du billet d'avion aller-retour entre Maurice et Rodrigues, Pravind Jugnauth a réclamé que le gouvernement "rappelle à l'ordre" le Secrétaire financier Ali Mansoor au cas où il serait établi qu'il a manqué de respect envers nos compatriotes Rodriguais lors des échanges de vues.
D'autre part, le MSM s'est dit prêt à contribuer positivement au projet d'institution d'un service communautaire national (idée avancée par le leader au Congrès-25ème anniversaire du parti en octobre dernier et évoquée par la députée travailliste Nita Deerpalsing récemment à travers une question parlementaire) afin d’aider à développer un sens patriotique surtout chez les jeunes.