Pravind Jugnauth, leader du MSM, réclame l'institution immédiate d'une enquête conduite par une "personne à l'indépendance éprouvée" et "qui inspire confiance" en vue de déterminer les responsabilités dans la signature du contrat de ''hedging" pour le carburant à Air Mauritius. "Avant, dit-il, que la caisse ne soit, éventuellement, défoncée à la State Trading Corporation (STC)", M. Jugnauth veut savoir s'il y a eu, tout aussi, "hedging" ou signature d'un contrat "s'y apparentant pour l'achat de produits pétroliers par la corporation..
Même s'il estime, à première vue, que la "catastrophe" qui secoue, actuellement, la compagnie nationale d'aviation est la conséquence d'une incompétence, Pravind Jugnauth s'interroge sur la "grossièreté" de cette incompétence. Cette affaire, dit-il, a, non seulement, mis Air Mauritius "à genoux" mais constitue, en même temps, un boulet au pied du pays.
Pour le leader du MSM, le plus "scandaleux" dans l'affaire c'est que tout le pays paie les pots cassés de la faute de certains "nominés politiques". Selon lui, la démission du président du Conseil d'administration, Sanjay Bhuckory ne résoud en rien le problème et n'aide, tout aussi, pas à situer les responsabilités. M. Jugnauth explique que même pour des non-initiés, ce contrat de "hedging" paraît "irresponsable".
Il explique qu'en tenant compte de la situation des prix au moment concerné, un tel contrat ne devrait, au mieux, et "avec les précautions qui conviennent", n'être signé que pour une période de six mois et non de deux ans. Tout aussi "incroyable" et "extraordinaire", le fait que l'accord de "hedging" porte sur 80% des besoins en carburant et que le contrat ne comprend aucune "Exit Clause" dans le cas d'un dégringolage des prix.
Sans, dit-il, remettre en question les compétences professionnelles du "chairman" démissionnaire en sa qualité d'avocat, Pravind Jugnauth veut, malgré tout, savoir si des avis légaux, notamment, ceux du Sollicitor General, membre du "board" d'Air Mauritius, ont été sollicité pour connaître les implications financières du contrat signé. Pour lui, outre le "chairman" qui, "par principe", selon le leader du MSM, n'aurait pas dû présider, personnellement, le "Risk Committee", tous les membres de ce comité devraient démissionner.
M. Jugnauth s'interroge beaucoup sur le rôle du Chief Executive Officer (CEO) d'Air Mauritius, Manoj Ujoodha dans toute l'affaire. Il veut, tout aussi, savoir si le contrat devant être signé a fait l'objet de discussions au Conseil d'administration. Selon lui, même si cela n'a pas été le cas, il était du devoir des membres du "board" de s'interroger, au moment venu, des implications de la hausse du carburant. Il veut savoir aussi le rôle du Financial Secretary, membre du Conseil d'administration, dans toute l'affaire.
"A-t-il 'briefed' le ministre des Finances? Il en est de même du représentant du Premier ministre au 'board'. En vue de faire la lumière sur toutes ces questions et situer les responsabilités, Pravind Jugnauth réclame, en conséquence, l'institution immédiate d'une enquête sur la signature de ce contrat de "hedging" pour le carburant à Air Mauritius. "Il faut, dit-il, déterminer si cela a été un fait accidentel ou volontaire". Cette enquête, explique le leader du MSM, doit être conduite par une personne "à l'indépendance éprouvée" et "qui inspire confiance" à la population.
Pour lui, une telle enquête s'impose dans la mesure où la question soulevée est "tellement grave" et concerne une des plus grandes entreprises pour laquelle le gouvernement s'apprête à être le garant. Sous ce rapport, M. Jugnauth explique que selon les dispositions du Public Dept Management Act, le gouvernement a le pouvoir de garantir les engagements financiers d'une entreprise publique à toute fin "sauf pour des dépenses courantes".
"Non à la braderie du bijou de famille"
Or, affirme le leader du MSM, dans une correspondance en date du 24 décembre dernier adressée aux Team Members, le CEO a laissé comprendre que la garantie du gouvernement porte sur le financement des dépenses courantes. Ce qui, selon lui, serait en violation de la loi. Aussi met-il en garde le ministre des Finances contre toute éventuelle invocation d'un cas de force majeure qui, dit-il, "ne s'applique pas pour les dépenses courantes". Cela dit, Pravind Jugnauth convient qu'il faut sauver la compagnie.
Il note, néanmoins, des divergences sur les moyens pour s'y prendre "au plus haut niveau entre le Premier ministre et le ministre des Finances". Pour lui, tout doit se faire "dans la transparence et la légalité". M. Jugnauth souupçonne une éventuelle braderie du "bijou de famille" au bénéfice du secteur privé. Il dit connaître la "philosophie" du ministre des Finances qui, affirme-t-il, voudrait céder certaines opérations d'Air Mauritius au secteur privé.
Dans le cadre du plan de sauvetage, le leader du MSM est d'avis que ce sont à des "professionnels qui ont a coeur l'intérêt de la compagnie et du pays" que doit être confiée la gestion de la compagnie nationale d'aviation. Il convient, tout aussi, selon lui, de "revoir les largesses accordées aux cadres" de même que les services offerts. Pour M. Jugnauth, ce qui s'est passé doit être l'occasion d'une "introspection" et d'un "nettoyage général".
Pravind Jugnauth se dit, par ailleurs, "choqué" par les détails relatifs à un complot allégué contre l'ancien CEO, Nirvan Veerasamy comme révélé par un titre de presse, hier, samedi. Il dit s'attendre à ce qu'une enquête soit menée pour déterminer s'il y a eu, réellement, complot comme allégué. Pour revenir à l'affaire de "hedging" pour le carburant à Air Mauritius, le leader du MSM allègue que, selon ses informations, la State Trading Corporation (STC) a, elle aussi, procédé a un genre de "hedging" pour l'achat de produits pétroliers.
Il rappelle que les députés de l'Opposition sont restés sur leur faim à l'Assemblée nationale sur tout le dossier des contrats pétroliers de la STC. "Il y a-t-il eu ''hedging" ou signature d'un contrat apparenté à du ''hedging''? Combien la STC a-t-elle payé l'achat de son carburant? Il y a-t-il une Exit Clause?" Autant de questions que pose M. Jugnauth. Selon lui, il ne faut pas attendre que la caisse ne soit, éventuellement, "défoncée" avant que les détails ne soient "révélés".
Pour lui, les prix à la pompe des produits pétroliers ne reflètent pas ceux du marché mondial. Il cite, à cet effet, des chiffres comparatifs de la situation sous le précédent gouvernement par rapport aux chiffres actuellement pratiqués. Pour le leader du MSM, avec aussi la baisse du prix de l'huile lourde, le tarif d'électricité aurait dû, tout aussi, baisser.
Sur un plan plus politique, M. Jugnauth annonce que c'est "dans la sérénité" que le MSM amorce, en ce début 2009, la deuxième phase de sa mobilisation en vue de l'éventuelle partielle au Numéro 8. "Il est clair, dit-il, que nous avons pris une avance. Nous allons établir un calendrier qui sera en fonction de la décision du Premier ministre".
Par rapport à la présente situation politique à Rodrigues, sans, dit-il, prendre partie pour qui que ce soit et tout en réaffirmant sa foi dans l'autonomie rogriguaise, le leader du MSM réitère son appréhension de "l'instabilité politique" causée, selon lui, par la formule de représentation proportionnelle adoptée pour l'élection à l'Assemblée régionale.