"Nous avons des leçons à tirer de la présente crise financière aux Etats-Unis", déclare Pravind Jugnauth, leader du MSM, qui dresse un parallèle avec la "politique ultra-libérale" pratiquée, selon lui, par le ministre des Finances, Rama Sithanen, depuis 2005, "sur les recommandations du FMI et de la BM". Aussi, demande-t-il au gouvernement "d'avoir le courage" de reconnaître que "Sithanen a failli". Commentant, d'autre part, la hausse surprise du prix du diesel, Pravind Jugnauth estime que la population est appelée à "payer pour les subventions enlevées et le transport gratuit introduit sans planification".
M. Jugnauth soutient que le dernier exercice du Automatic Price Mechanism (APM) visant à fixer les prix des carburants a "consterné" toute la population. "Le peuple, dit-il, ne comprend pas comment une baisse sur le marché mondial de l'ordre de 47% se traduit par une hausse de 20% du diesel et une baisse de seulement 5,5% de l'essence". Il dénonce le "toupet" du représentant de la State Trading Corporation (STC) "qui s'est permis de dire que s'il n'y avait pas la limite de 20% d'augmentation, la hausse du diesel aurait été plus conséquente".
Tout cela, déclare Pravind Jugnauth, est "de la provocation" et il y a, selon lui, une "profonde colère" dans le pays. Il dit constater que le gouvernement "prend plaisir" à "faire souffrir" les gens. "Après, dit-il, la Mauritius Revenue Authority (MRA) transformé en KGB fiscal, voilà que la STC se transforme en une machine à saigner à blanc la population". Pour le leader du MSM, il est évident que la population est en train de "payer pour les subventions enlevées par Sithanen et les dépenses pour le transport gratuit introduit sans planification".
M. Jugnauth dénonce le "manque de transparence" avec lequel, selon lui, opère la STC "depuis trois ans". Il en veut pour preuve le contrat d'approvisionnement signé "dans l'opacité" avec l'entreprise pétrolière indienne Mangalore Refineries et dont l'ancien ministre du Commerce, Rajesh Jeetah, a "toujours refusé" de dévoiler les clauses. "Les prix, dit-il, continuent à augmenter après la signature de ce contrat", déclare Pravind Jugnauth, qui dit ne pas voir comment cette opération conclue "est dans l'intérêt du public".
Pour le leader du MSM, le "calvaire" des Mauriciens se poursuivra avec les implications de la hausse du prix du diesel sur, entre autres, les taxis, les vans scolaires et l'industrie de la boulange. "Il est clair qu'une cascade d'augmentations est à venir, d'autant qu'avec l'augmentation du prix de l'huile lourde on est dans l'expectative quant à une possible hausse des tarifs d'électricité".
M. Jugnauth rappelle que, déjà, de l'avis même du gouverneur de la Banque de Maurice, le pays connaîtra une période de "year to year inflation" avoisinant les 12%. Le leader du MSM rappellera, à l'heure des questions, que, du temps où il était ministre des Finances, il avait pour deux années consécutives exempté le Central Electricity Board (CEB) d'un total de Rs 450 millions de Customs Duty payable "dans un souci de protéger les consommateurs".
Selon lui, il est tout aussi temps de faire un geste alors que, dit-il, les gens souffrent déjà de la vie chère. "Diverses formules sont à être étudiées à la lumière des chiffres disponibles. Plusieurs options s'offrent au ministre des Finances s'il a à cœur le sort du peuple", dit-il. Mais Pravind Jugnauth trouve que Rama Sithanen donne l'impression "de se sentir heureux que les prix montent en vue de récolter le maximum sous forme de TVA à 15%".
Se référant à la crise financière qui frappe les Etats-Unis, M. Jugnauth explique qu'il s'agit là du résultat de l'application d'une politique économique "ultra-libérale sans garde-fou". "Voilà où nous mène l'ultra-libéralisme !" Et d'expliquer que cette politique est aujourd'hui remise en question aux Etats-Unis de même qu'en Europe où Pravind Jugnauth note que le président français, Nicolas Sarkozy, questionne un tel laisser-faire économique.
"Nous avons nous aussi des leçons à en tirer. Devons-nous poursuivre avec l'ultra-libéralisme de Sithanen appliqué sur les recommandations du FMI et de la BM ou devons-nous rectifier le tir comme le conseille Sarkozy ?" Et M. Jugnauth d'affirmer que le MSM, notamment sous sir Anerood Jugnauth, a toujours refusé d'appliquer aveuglément les recettes ultra-libérales du FMI et de la BM "au détriment de la population".
"Le MSM au gouvernement a toujours protégé les plus démunis"
"Au MSM, assure-t-il, nous avons toujours été pour une politique économique pragmatique où l'État garantit la protection de la population, particulièrement des plus démunis". Il trouve en revanche "malheureux" que depuis les élections de 2005, Rama Sithanen "ne travaille que pour une poignée de capitalistes au détriment de la majorité de la population". Il en veut pour preuve le niveau de surendettement de la population avec les dangers que nombre de personnes n'arrivent plus à honorer leurs engagements.
Signe, selon lui, des séquelles de la politique "uultra-libérale" aussi appliquée, d'après Pravind Jugnauth, par Rama Sithanen : l'étendue de la mendicité, la dégradation du law and order, la pauvreté. Si bien que, affirme-t-il, l'on n'est pas loin d'une bombe sociale. Aussi, devant cet état des choses, le gouvernement devrait "avoir le courage" de reconnaître la "faillite de Sithanen en tant que ministre des Finances".
Pour le leader du MSM, l'onde de choc provoqué par la crise financière aux Etats-Unis atteindra aussi notre petite économie, même s'il concède que l'on ne peut, à ce stade, prévoir son ampleur. Sans vouloir créer de la panique, M. Jugnauth estime qu'il est temps pour le ministre des Finances de "dire la vérité à la population, de mesure l'ampleur de la crise et de ses possibles effets sur l'économie" plutôt que de ne trouver que l'économie nationale est "résiliente et solide".
Au lieu d'un "petit comité" restreint institué au niveau de la Banque centrale, Pravind Jugnauth estime qu'il aurait fallu instituer un comité national présidé par le Premier ministre ou, à la rigueur, par le ministre des Finances et comprenant notamment des représentants du secteur privé mais aussi des experts du FMI et de la BM en vue d'analyser la situation et d'évaluer les effets sur les secteurs porteurs et prendre des décisions. Pour le leader du MSM, il ne sert à rien de laisser entendre, comme le fait, dit-il, M. Sithanen, que tous les indicateurs sont au vert.
Par ailleurs, dans l'affaire des produits laitiers contaminés en provenance de Chine, le leader du MSM estime que le gouvernement a "abdiqué devant ses responsabilités" en invitant les importateurs à faire tester eux-mêmes leurs produits avant d'obtenir l'autorisation de les mettre sur le marché. Il rappelle, sous ce rapport, que sous l'ancien gouvernement, alors qu'il présentait le plan d'action pour le secteur non-sucre, un projet de laboratoire de technologie alimentaire avait été mis en chantier.
"Le bâtiment avait même été aménagé et au moment des élections il ne restait qu'à l'équiper en vue de tester les produits alimentaires importés ou produits localement devant être mis sur le marché". Or, selon Pravind Jugnauth, par "orgueil" et par "mesquinerie", ce projet a été mis au frigo. S'il avait été concrétisé, dit-il, l'on n'en serait pas là et les décisions appropriées auraient été prises.
Critiques aussi à l'adresse du ministre Sylvio Tang qui, déclare M. Jugnauth, n'a fait que "conseiller" la population de ne pas consommer des pistaches salés dont on soupçonne qu'ils ont été produits avec un colorant industriel dangereux "alors qu'il fallait bannir de tels produits".
Le leader du MSM confirme, enfin, qu'il a de nouveau rencontré l'ancien député de son parti Shekar Naidu "pour une dernière fois". "J'ai de la bonne volonté mais cela a des limites. Je l'ai rencontré et je lui ai dit ce qu'il fallait faire. La balle est maintenant dans le camp du MMM et de Shekar Naidu", dit-il.