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Pravind Jugnauth, leader du MSM : "Pour une compensation salariale au moins comparable au taux d'inflation"

 
 

"Le ministre des Finances n'a pas droit à l'erreur : les travailleurs ne peuvent être les seuls à faire des sacrifices. Après l'effritement continu de leur pouvoir d'achat ces trois dernières années, ils ont droit à une compensation salariale raisonnable, au moins comparable au taux d'inflation" : propos du leader du MSM, Pravind Jugnauth.

Évoquant l'érosion du pouvoir d'achat des salariés, M. Jugnauth rappelle que pour trois années consécutives la compensation salariale a été "bien en dessous" du taux "record" d'inflation. Il explique que le "revers de la médaille" aura été que, parallèlement, le patronat a économisé "par milliards". Tout en concédant que la situation économique est "difficile", le leader du MSM estime nécessaire de "maintenir l'équilibre" en pourvoyant aussi aux besoins des travailleurs.

Il compare l'approche de l'actuel ministre des Finances en matière de compensation salariale à celle qu'il avait adoptée du temps où il officiait aux Finances sous l'ancien gouvernement. Pravind Jugnauth rappelle notamment avoir, lors du budget 2004-05, accordé une "full compensation" de 6,2% à tous les salariés percevant jusqu'à Rs 4 000 mensuellement alors que l'inflation n'avait été que de l'ordre de 5,6%.

En revanche, il explique que Rama Sithanen a, dès la première année de son installation, ramené ce seuil maximal à seulement Rs 2 700 pour, par la suite, remplacer le comité tripartite par le National Pay Council (NPC). Revenant à son intervention de mardi à l'assemblée nationale lors de la PNQ du leader de l'opposition, M. Jugnauth trouve que le ministre des Finances a dû "admettre" que le nouveau mode de calcul de l'inflation a été "manipulé".

Il explique que, désormais, le poids des postes alimentaires a été amoindri dans ce calcul "alors même que la population éprouve principalement des difficultés à s'acheter de la nourriture". Il ironise sur le fait que le ministre explique que, parallèlement, le poids des appels téléphoniques a été consolidé "koumadir dimounn manz telefon !" Aussi, pour Pravind Jugnauth, Rama Sithanen "vit sur une autre planète".

Évoquant les autres critères désormais utilisés pour le calcul de la compensation salariale, le leader du MSM affirme que le taux de chômage est tout aussi "manipulé". Il explique à ce propos que tous ceux qui s'enregistrent en vue de lancer un business sont, dès leur inscription, enlevés de la liste des chômeurs. Critique tout aussi du critère de "capacity to pay" qui, pour M. Jugnauth, n'est qu'une "farce", particulièrement en la présente conjoncture.

Il explique que le ministre des Finances n'a même pas donné la garantie qu'une compensation salariale sera payée et rappelle que des représentants du secteur privé se sont prononcés pour un gel des salaires. S'il concède qu'il importe de protéger l'emploi, Pravind Jugnauth soutient que les salaires payés doivent être décents.

Pour le leader du MSM, il convient de légiférer pour qu'en retour de l'aide accordée par l'État dans le cadre du Additional Stimulus Package le secteur privé soit contraint de protéger l'emploi. "Le ministre des Finances n'a pas droit à l'erreur", insiste M. Jugnauth pour qui les salariés ont droit à une compensation salariale "raisonnable" après "l'effritement continu" de leur pouvoir d'achat.

Il réclame dans ce contexte la convocation d'un comité national tripartite qui se pencherait aussi, en même temps, sur les nouvelles lois du travail. Le leader du MSM assure ne pas faire de démagogie sur la question de compensation salariale. Il en veut pour preuve d'avoir dans le temps accordé en deux fois un taux de compensation supérieur à l'inflation.

"Compenser pour

maintenir la balance"

Compte tenu des "moments difficiles" auxquels font face les salariés, Pravind Jugnauth estime que la compensation salariale à être cette fois payée doit être "au moins d'un taux équivalant au taux d'inflation". "Les travailleurs, dit-il, ne peuvent être les seuls à faire des sacrifices. Il faut maintenir la balance". Le leader du MSM qui regrette le démantèlement du comité tripartite explique que ce mécanisme avait le mérite d'assurer une certaine justice tout en maintenant la paix sociale.

Abordant précédemment le dernier rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur l'état de l'économie mondiale, M. Jugnauth explique que c'est "sans surprise" que l'institution financière internationale a conclu que l'avenir s'annonce sombre. Il souligne que Maurice, qui est déjà affectée par la crise, aura encore à faire face à des difficultés.

Il rappelle avoir, avant même la crise internationale, souligné le fait que les indicateurs nationaux se détérioraient déjà. "Malheureusement, déclare le leader du MSM, le ministre des Finances s'obstinait à cacher la vérité et à même manipuler les chiffres pour faire croire que l'économie s'était améliorée avec sa réforme".

Il souligne que M. Sithanen avait expliqué que l'économie nationale était "résiliente" et était "même prête à affronter un cyclone". Comme pour démontrer que la crise est bien là, M. Jugnauth cite notamment la baisse de 20,7% des exportations durant le mois de février dernier ou encore de la baisse des arrivées touristiques comme confirmé par la Banque centrale.

Alors que, dit-il, l'économie allait passer par des moments "difficiles", l'heure, déclare Pravind Jugnauth, n'était pas "au bluff". Il convenait, dit-il, de "dire la vérité aux Mauriciens". Or, explique le leader du MSM, le ministre des Finances avait choisi de parler d'abord de "early harvest", puis de "bumper crop". Pour lui, ce genre de langage était une "représentation tronquée" de la réalité.

En ce qui concerne le cas des deux syndicalistes licenciés de Mauritius Telecom (MT), M. Jugnauth évoque la contradiction entre la dernière déclaration du Premier ministre et les propos précédants du ministre du Travail quant à une réintégration "sans condition". Il appelle le gouvernement à "mettre un terme à cette saga" en prenant un "stand final" pour la réintégration "sans condition" des deux syndicalistes licenciés.

Évoquant par ailleurs la tournure "dramatique" que prend la situation au Sri Lanka, Pravind Jugnauth souhaite pour ce pays l'amorce d'un dialogue en vue d'une solution, "dans le respect des droits des tamouls". Il annonce la participation du MSM à une veillée qu'organise la branche locale d'Amnesty International en solidarité avec la population civile victime de ce conflit au Sri Lanka.

Le leader du MSM félicite par ailleurs l'African National Congress (ANC) pour sa victoire aux élections en Afrique du Sud. Il espère que sous le leadership de Jacob Zuma ce pays "continuera dans la voie de l'unité" et consolidera ses "bonnes relations" avec Maurice. Évoquant enfin le "succès" de la campagne de mobilisation du MSM en prévision de la Fête du Travail, M. Jugnauth se dit confiant que le rassemblement du 1er mai de son parti à St-Pierre connaîtra un franc succès.


Sale By Levy

Pravind Jugnauth: "Etablir si des institutions ou des professionnels ont agi contre la loi"

Sur la base des enquêtes faites sur les cas rapportés, Pravind Jugnauth, leader du MSM, demande que dans le dossier du Sale By Levy, les autorités essaient d'établir si des institutions ou des professionnels ont agi contre la loi. "Si tel est le cas, dit-il, il faut déterminer s'il y a matière à poursuites". M. Jugnauth se prononce contre l'idée d'aider "tout un chacun" en soulignant qu'il s'agit de fonds publics.

Selon M. Jugnauth, la déception dont font preuve, aujourd'hui, les victimes du Sale By Levy découle des faux espoirs qui leur ont été donné, d'une part, au moment du vote de la nouvelle loi, de l'autre, quand le fonds de Rs 100 millions a été constitué. Il explique qu'en toute circonstance, il y aura toujours dans le pays quelque système de garantie bancaire pour tout emprunt contracté. "Il convient, dit-il, de ne pas se faire d'illusions là-dessus".

Dans le cas présent, le leader du MSM est d'avis que ce qu'il convient de faire, c'est d'établir si des institutions ou des professionnels ont agi "de mauvaise foi" et, le cas échéant, de prendre des sanctions contre ces éventuels institutions ou professionnels. "L'on ne saurait adopter l'autre attitude extrême qui consisterait à aider tout un chacun", explique Pravind Jugnauth.

"Il s'agit, dit-il, de l'argent public. Combien sont ceux qui s'éreintent pour rembourser leur emprunt? Ceux-là ne sont pas plus imbéciles". M. Jugnauth accuse, par ailleurs, M. Harish Boodhoo d'avoir toujours "mené en bateau" les victimes du Sale By Levy.

"Nous vivons, dit-il, dans un Etat de droit où chaque individu est égal devant la loi. Si, comme il l'affirme, Harish Boodhoo estime qu'il a été victime d'une injustice et que les autorités n'auraient pas du l'arrêter, il doit chercher réparation devant la Justice".

Pour le leader du MSM, il est "clair" que M. Boodhoo "apé rod enn rol" "Après avoir perdu toute crédibilité, il cherche à obtenir, de nouveau, la sympathie de la population". M. Jugnauth reconnaît que tout le dossier du Sale By Levy est "extrêmement difficile" à gérer. "Si c'était un dossier facile à régler, l'ancien gouvernement l'aurait réglé", dit-il.