Vérités sur le Budget 2008/2009/Pravind Jugnauth : « Sithanen ne défend que les intérêts du gros capital »
« Nous dénonçons les crimes commis dans le dos de la population, alors que l’on sait que ce gouvernement avait promis monts et merveilles et avait comme programme de ‘put people first’. Je vois plutôt que Sithanen est en train de ‘put people last’ et ‘put his private sector people first », a affirmé le Leader du MSM dans l’interview qui suit.
Lire la transcription intégrale de l’interview accordée par Pravind Jugnauth à l’hebdomadaire ‘Samedi Plus’ le 24 Juin 2008.
Samedi Plus : Les actualités politiques ont été caractérisées ces deux dernières semaines par divers commentaires et débats sur le budget du ministre des Finances, Rama Sithanen. Ce dernier affirme que le troisième budget du gouvernement est considéré comme un budget réaliste, responsable et équilibré. Pourquoi le MSM en fait-il une analyse pessimiste ?
PJ : L’euphorie de Rama Sithanen contraste avec la déception et la frustration que l’on témoigne dans la rue en rencontrant les Mauriciens et à travers les interventions de nos compatriotes sur les ondes des radios privées. Les gens se rendent compte que les mesures budgétaires de Sithanen, annoncées en grande pompe, ne sont que des leurres et que le cauchemar que leur fait vivre le ministre des Finances depuis 2006 va se poursuivre.
En fait, pour nous au MSM, nous considérons le Budget 2008/2009 comme un exercice de malhonnêteté intellectuelle auquel s’est livré le ministre des Finances pour s’autocongratuler et faire croire qu’il a réussi un exploit au profit de la population. J’ai dit et je le répète : ce budget, comme les deux précédents d’ailleurs, est bourré de bluff, de manipulation, de contradictions et d’effets d’annonce. Loin d’être un budget responsable et équilibré, le 3ème Budget de l’Alliance Sociale va accentuer la crise sociale et agrandir le fossé entre les riches et les pauvres. Les seuls heureux sont les amis de Sithanen dans le secteur privé et une certaine presse qui se dit indépendante mais qui en fait s’est engagée à glorifier le ministre des Finances coûte que coûte pour satisfaire l’agenda de leurs financiers. Ce n’est pas pour rien que certains au sein du secteur privé considèrent Sithanen comme un Dieu. La députée Nita Deerpalsingh, n’avait-elle pas écrit au Premier ministre au moment de la polémique autour du Multi-Annual Adaptation Strategy (MAAS) concernant l’industrie sucrière que “since this Government took office, it’s been a one-way street towards the economic elite in terms of handouts”. Cette phrase en dit long sur ce qui s’est réellement passé durant ces trois dernières années.
Lorsque Sithanen avait présenté le premier budget du gouvernement de l’Alliance Sociale en juin 2006, j’avais dit que le peuple allait s’appauvrir et que les capitalistes allaient s’enrichir davantage. Le temps m’a donné raison et la population s’est rendue compte que j’avais vu juste. Le MSM a systématiquement démasqué Sithanen pour ouvrir les yeux de la population sur ses mesures maquillées qui dans la réalité ont permis au ministre des Finances d’éplucher les Mauriciens à travers une dépréciation massive de la roupie et les taxes. C’est cela le ‘Bumper Crop’ qu’a récolté le ministre des Finances. Le ‘Bumper Crop’ c’est aussi les milliards engrangés par les capitalistes grâce à la divine manne venue de Sithanen.
Le peuple, lui, ne voit que du désespoir. Cette fois encore, le MSM a démasqué Sithanen sur son semblant de générosité envers la population. Nous avons étalé en public des vérités que le ministre des Finances avait machiavéliquement caché et très vite le peuple s’est réveillé de l’hypnose pratiqué par l’expert en ‘voodoo economics’ le temps de la présentation du Budget. Loin d’être pessimiste, je suis inquiet de la situation économique et sociale dans le pays. Sous ces deux registres, les clignotants sont au rouge et je vais prouver ces dires au fil de cette interview.
Samedi Plus : Avec le paiement du PRB dans sa totalité qui constitue un plus pour le gouvernement en place et plusieurs mesures budgétaires pour combattre la pauvreté, l’inflation et le chômage, n’estimez-vous pas que l’Alliance Sociale consolide sa position sur le terrain pour un renouvellement de la confiance de la population dans l’action gouvernementale ?
PJ : Si ce que vous avancez était vrai, il y aurait eu une euphorie au sein de la population. Or, tel n’est pas le cas. Les congrès fiasco de l’Alliance Sociale ces derniers jours en sont des preuves.
Le paiement du PRB était dû et n’importe quel gouvernement au pouvoir aurait eu à assumer ses responsabilités envers ses employés. Donc, il n’y a aucun exploit qui est réalisé par le gouvernement en place. Mais, je constate et je dénonce le fait que le ministre des Finances ait décidé d’intégrer la compensation salariale dans l’augmentation des salaires offerte aux fonctionnaires. Cela aurait été normal si les fonctionnaires, surtout ceux au bas de l’échelle, avaient été totalement compensés pour leur perte de pouvoir d’achat dû à l’inflation comme cela était le cas avant 2005. Pendant deux ans, en 2007 et 2008, ils ont obtenu une compensation salariale de 5% en moyenne alors que l’inflation a atteint presque 11%. Des Rs 5,2 milliards que coûterait le PRB 2008, Rs 800 millions représentent les acquis des fonctionnaires en termes de compensation salariale et d’un ‘increment’. De ce qui reste, une somme de Rs 312 millions par année sera engloutie par le pension contributive obligatoire. Sans oublier que même avec une augmentation de Rs 25 000 au niveau de seuils d’exemption à l’income tax après deux ans, des fonctionnaires vont tomber dans la trappe fiscale de Sithanen, la NRPT comprise, et ceux qui payaient déjà l’impôt vont payer encore plus. L’Etat va récupérer Rs 650 millions en termes d’impôts sur les revenus et d’autres taxes. Que restera-t-il aux fonctionnaires en 2008/2009, surtout ceux au bas de l’échelle salariale? Ils vont se rendre compte de leur situation financière réelle à la fin de juillet quand ils toucheront leur première paie post-PRB. Mais déjà, un petit calcul concernant un petit fonctionnaire qui toucherait Rs 7000 post-PRB nous permet de constater qu’il obtiendra en fait une augmentation de Rs 595 seulement, soit Rs 119 pour chaque année depuis le précédent rapport PRB de 2003. Une telle augmentation, va-t-elle permettre à ce fonctionnaire de vivre le ‘boom économique’ dont parle Sithanen ?
Allons voir ce que Sithanen a accordé dans le Budget 2008/2009 pour combattre la pauvreté. Il avoue lui-même qu’après trois ans comme ministre des Finances, il a créé une catégorie de Mauriciens qui vit dans une situation de pauvreté absolue dans 229 régions du pays. Il énumère une série de mesures pour impressionner la galerie mais budgétise seulement Rs 395 millions à l’intention de 7 157 familles. Faites le calcul et vous verrez que cela représente Rs 153 par jour. Franchement, pourra-t-on combattre l’absolute poverty créée par Sithanen avec Rs 153 par jour ? C’est une farce !
Nous constatons que l’Empowerment Programme a été, jusqu’ici, un énorme échec. Des Rs 1,5 milliards budgétisés dans les deux derniers budgets, moins de Rs 700 millions ont été dépensées. Pourtant, les Rs 5 milliards de l’Empowerment Programme avaient été annoncés en grande pompe deux ans de cela. L’échec est tel que le ministre des Finances créé maintenant une ‘Empowerment Foundation’ qui va bouffer des millions de roupies en termes de dépenses administratives. Je profite de l’occasion pour rappeler que sous l’ancien gouvernement pas moins de Rs 9 milliards avaient été dépensées pour réaliser une multitude de projets d’empowerment à travers différents ministères avec l’administration existante.
Quant à l’inflation qui a atteint un niveau record pour les 16 dernières années à 10,7%, Sithanen ne fixe aucun objectif. Le gouverneur de la Banque Centrale a raison de tirer la sonnette d’alarme quand il prévoit une inflation à deux chiffres pour cette année encore. Sithanen, lui, veut prouver le contraire. Son exploit, c’est la manipulation du panier du CPI pour réduire le poids des denrées alimentaires. Et, il se tape l’estomac qu’il a jugulé l’inflation ! Même le MCB Focus a révélé son escroquerie en soulignant que s’il n’y avait pas eu de changement au niveau du panier du CPI, le taux d’inflation aurait été significativement plus élevé.
Sur le chômage, même type de manipulation. Sithanen nous fait croire qu’il n’y aucun chômeur parmi les hommes. Il nous avait promis l’année dernière des emplois pour les femmes comme maçons, charpentiers, électriciens, jardiniers. Le projet, comme attendu, a été un échec total. Ceux qui s’enregistrent au comptoir du Business Registration sont automatiquement retirés de la liste des chômeurs s’ils y sont, avant même avoir entamé des démarches pour lancer un petit business. Terrible astuce pour montrer que le chômage est en baisse, n’est-ce pas ! Je ne vois pas aussi Sithanen comptabilisant les bénéficiaires du VRS2 parmi les chômeurs. Où est passée cette calculatrice qu’il se servait quand il était dans l’opposition pour gonfler délibérément le nombre de chômeurs en comptabilisant les bénéficiaires du VRS1 quand j’étais ministre de l’Agriculture ? En tout cas, je demande à Sithanen s’il en a le courage d’aller dire au peuple dans la rue que le chômage baisse et qu’il n’y a pas d’homme chômeur. Il y essuiera la correction de sa vie.
Donc, je ne vois pas le gouvernement surmonter son impopularité. Au contraire, au fil des semaines après la présentation du Budget 2008/09, la population va, de plus en plus, réaliser à quel point, cette fois encore Sithanen l’a bernée. Les quelques poussières obtenues ça et là vont vite s’envoler avec la spirale inflationniste qui s’annonce. J’ai lancé un défi à Sithanen de venir donner la garantie que la roupie va se stabiliser ou cesser de se déprécier sur la base de ses dires que les ‘fundamentals’ économiques se sont améliorés. Je constate que jusqu’à présent, il n’a pas eu le courage de relever ce défi.
Samedi Plus : Rama Sithanen se félicite d’avoir pris des engagements auprès de la population pour faire sortir le pays de la pauvreté et l’engager durablement sur le chemin de la croissance économique…
PJ : Sithanen devrait plutôt se féliciter d’avoir appauvri la population. Malgré tout ce qu’il dit pour se flatter, le CSO est venu démontrer que le nombre de familles pauvres a dramatiquement augmenté sous ce gouvernement pour atteindre presque 27 000. La crise sociale que connaît le pays est largement attribuable à cet appauvrissement que l’on voit chez nos compatriotes dans leur vie de tous les jours.
Quant à la croissance, je demanderai à Sithanen de faire son propre mea-culpa. Lui qui avait promis un ‘robust growth’ dès octobre 2005 a ‘deliver’ une croissance de 4,2% en moyenne entre 2005 et 2007. Entre 2001 et 2004, l’ancien gouvernement avait ‘deliver’ une croissance de 4% en moyenne dans des circonstances extrêmement défavorables avec la contraction dramatique du tourisme et du commerce mondial due aux épidémies du SARS et de la Vache Folle sans oublier les guerres en Iraq et en Afghanistan et la montée sans précédent du terrorisme international. Donc, si l’on prend en compte le fait que le ministre des Finances a dévalué la roupie pour doper la croissance, je vois rien de quoi pavaner. L’année dernière, Sithanen avait promis une croissance de 6%. En réalité, la croissance a été de 5,4% et même des économistes qui tape le tambour du ministre des Finances ont dit que la croissance réalisée avait été dopée par la dévaluation de notre monnaie. Pour 2008, Sithanen a promis 6,2%. Attendons voir !
Samedi Plus : Comment interprétez-vous les réactions des syndicats qui semblent être satisfaits du rapport salarial du PRB et de plusieurs mesures budgétaires ?
PJ : Il ne faut pas mettre tous les syndicalistes sous le même enseigne. Ceux qui m’ont parlé ces derniers jours sont unanimes à reconnaître que les petits fonctionnaires ont été sacrifiés et que les mesures budgétaires censées de réduire le fardeau des travailleurs ne sont que du bluff à la sauce Sithanen.
Samedi Plus : Comment vous, vous auriez mieux fait pour relever les grands défis économiques et sociaux du pays comme ancien ministre des Finances ?
PJ : L’ancien gouvernement avait déjà préparé le pays à relever les grands défis économiques et sociaux. Je vous rappelle que c’est moi en tant que ministre de l’Agriculture en 2001 qui avait courageusement enclenché la réforme sucrière. La restructuration de notre industrie du textile et l’intégration verticale dans ce secteur avaient été favorisées entre 2001 et 2004. C’est sous l’ancien gouvernement que de nouveaux pôles de développement comme l’ICT, l’IRS, le Seafood Hub, le Knowledge Hub et le Medical Hub avait été lancés. Avec le projet de faire de Maurice une ‘Duty Free Island’ et un ‘trade hub’ dans la région, j’avais dans le discours du Budget en 2005, tracé les contours de l’île Maurice moderne de demain où il y aurait eu des opportunités pour tous. Malheureusement, de par son orgueil maladif, Sithanen a torpillé le projet de ‘Duty Free Island’ tel que je l’avais conçu. Si j’étais encore ministre des Finances, ce projet aurait beaucoup avancé, car souvenez-vous que j’avais demandé quatre ans pour le concrétiser.
Samedi Plus : La gestion des affaires courantes du pays a toujours été difficile pour chaque ministre des Finances. Comment vous auriez agi pour mettre le pays sur le chemin de la croissance et du développement.
PJ : J’ai déjà répondu à cette question en vous rappelant notre vision sous l’ancien gouvernement. Je peux, sans hésitation affirmer aujourd’hui que si j’étais encore ministre des Finances, le pays aurait pleinement profité du dynamisme que l’ancien gouvernement avait réussi à insuffler dans l’économie. Depuis 2005, Sithanen a perdu beaucoup de temps dans la mesquinerie politique pour essayer de démontrer que nous avions laissé un mauvais héritage. Il avait prétendu en 2006 qu’il n’y avait aucune alternative à ses recettes visant à éplucher la population. Mais, nous savons qu’il a dû reculer en maintes occasions en nous donnant raison qu’il y avait d’autres alternatives, mais comme le mauvais élève en classe, il a pris trois ans pour trouver que certaines des mesures et initiatives prises sous l’ancien gouvernement étaient les bonnes. Mais, là aussi il a mal copié. Et dans tout cela, les grands perdants, ce sont le pays et la population.
Samedi Plus : Paul Bérenger et vous-même, vous êtes tous deux accusés par le ministre des Finances d’avoir mis le pays à genoux par des emprunts massifs et laissant des énormes dettes publiques. Pourquoi faut-il vous prendre au sérieux quand vous avez laissé des squelettes dans les placards pour reprendre l’expression de Sithanen ?
PJ : Sithanen peut dire ce qu’il veut. La vérité est que l’ancien gouvernement avait investi massivement dans les infrastructures socio-économiques pour justement mieux préparer le pays et le peuple à relever les défis de l’avenir. Nous avons investi Rs 42 milliards et le peuple a pu voir où l’argent était utilisé. Il y avait des réalisations d’envergure nationale que le peuple pouvait constater de visu. Les dettes servaient à préparer un avenir meilleur. Depuis que ce gouvernement est au pouvoir et Sithanen ministre des Finances, la dette publique a augmenté de Rs 45 milliards en trois ans pour atteindre Rs 160 milliards. Avez-vous vu réaliser un projet d’envergure nationale ? S’il y en a un, dîtes moi lequel ? Il n’y en a point. Alors, je demande à Sithanen de cesser ses élucubrations, lui qui a sacrifié les investissements publics pour montrer que le déficit budgétaire baisse. Depuis trois ans, il nous dit qu’il va investir dans les infrastructures. Il a fait le Parlement approuver des milliards de roupies à cet effet. L’année dernière, il avait budgétisé Rs 10 milliards pour le budget de développement. Dans la réalité, il a dépensé moins de Rs 3,5 milliards et il a dû avoir recours à du ‘voodoo accounting’ pour démontrer le contraire.
Sithanen a inventé des squelettes pour gonfler le déficit budgétaire en 2006 pour ensuite venir démontrer que c’est lui qui baisse ce déficit. Si Sithanen parle de squelettes dans les placards, moi je peux parler de cadavres entiers laissés par le précédent gouvernement travailliste entre 1995 et 2000. Voyez-vous-même ces fameux cadavres.
- Rs 5,5 milliards de financement hors-budget à travers le ‘Privatisation Fund’ pour financer des dépenses courantes avant même la vente des actions de Mauritius Telecom
- Rs 2 milliards de déficit accumulé à la STC
- Rs 2 milliards de dettes accumulées au CEB, sans oublier des découverts bancaires de l’ordre de Rs 1,1 milliard.
- Rs 3,2 milliards de la balance due au 12 octobre 2000 en ce qui concerne le FRN Loan de US$150 million contracté par Rama Sithanen en 1995.
- Pertes accumulées de Rs 100 millions à Rose Belle Sugar Estate.
- Déficit de Rs 100 millions à la MBC.
Cela fait un total de Rs 13 MILLIARDS.
Malgré ce lourd héritage, au sein de l’ancien gouvernement, je n’avais jamais mis sur le dos de la population un fardeau qu’elle ne pouvait pas supporter. Pourtant, on avait réduit le déficit budgétaire de 6,7% en 2000/2001 à moins de 5% en 2004/2005. Et, même le FMI a souligné dans un rapport commandité au début de 2006 par le secrétaire financier actuel que le déficit budgétaire aurait atteint 4,4% en 2005/2006 s’il y avait eu continuation au niveau de la gestion économique du pays.
Samedi Plus : Le ministre des Finances a affirmé lors de sa dernière conférence de presse que le MSM est le seul parti d’opposition à faire de la démagogie et colporter des ragots de façon malveillante sur son budget qui, selon lui, a été bien accueilli à 90% par des opérateurs économiques indépendants et des économistes. Vos commentaires ?
PJ : Le MSM ne fait que démasquer un ministre des Finances intellectuellement malhonnête et qui se plait à berner le population. Le MSM défend les intérêts du peuple avant tout. Nous sommes la voix du peuple au Parlement comme sur le terrain. Nous aidons nos compatriotes à découvrir les vérités que cache Sithanen. Tout ce que nous avançons découle d’analyses honnêtes basées sur des chiffres vérifiables. Contrairement à d’autres, nous ne devons rien à personne. Nous disons ce qu’il faut dire sans peur et sans arrière pensée.
Quand nous disons que Sithanen a fait des cadeaux de Rs 31 milliards aux capitalistes du secteur privé en trois ans, c’est la vérité que le ministre des Finances ne veut pas entendre.
Quand nous dénonçons le fait que Sithanen a donné un cadeau de Rs 3 milliards aux grosses compagnies en accélérant la réduction de la Corporate Tax à 15%, alors qu’en même temps, il abolit les subsides sur les frais d’examens du SC/HSC pour 21 000 étudiants, je ne vois pas comment on peut appeler cela de la démagogie.
Quand nous disons que le ministre des Finances donne 50 sous d’augmentation par jour aux bénéficiaires du ‘Food Aid’ et prétend ainsi combattre la pauvreté, est-ce de la démagogie ?
Quand nous disons que le ministre des Finances donne Rs 10 roupies de compensation salariale par jour en moyenne aux travailleurs de ce pays et permet aux patronat d’économiser plus de Rs 2 milliards en deux ans sur la compensation salariale, est-ce de la démagogie ?
Quand nous disons que le ministre des Finances a délibérément déprécié la roupie massivement provoquant une flambée des prix pour ensuite encaisser Rs 5,6 milliards de TVA en plus en trois ans, c’est une vérité qui fait mal du côté du gouvernement.
Quand nous dénonçons le Estimate of Supplementary Expenditure (ESE) hors norme de Sithanen pour cacher la vérité sur les dépenses du budget de développement et sur le déficit budgétaire, est-ce de la démagogie ? En réalité, on a ouvert les yeux de certains au gouvernement qui s’étaient laissés hypnotisés par le ‘voodoo accounting’ et le ‘vodoo economics’ de Sithanen.
Tout ce que nous avons dit à la population depuis 2005 s’est avéré vrai. Le MSM ne fera aucun cadeau à Sithanen, surtout quand nous savons que la population a en face d’elle un ministre des Finances qui a choisi son camp : celui d’une poignée de grands bonnets dans le secteur privé.
Samedi Plus : Pourquoi le MSM cible uniquement le ministre des Finances et non pas le Premier ministre ?
PJ : Quand nous parlons du Budget, c’est évident que c’est le ministre des Finances qui est directement visé. Mais, nos critiques s’adressent à l’ensemble du gouvernement, au Premier ministre qui est le chef de ce gouvernement. Quand nous disons que le Budget a ignoré complètement le problème du ‘Law & Order’, c’est le Premier ministre qui est directement visé parce que c’est qui a la responsabilité de la police et des affaires intérieures. Il aurait dû s’assurer que ce problème soit considéré comme une des priorités de l’action gouvernementale.
Samedi Plus : Nous constatons que le MSM et le MMM consacrent leurs interventions sur les difficultés des ménages, sur la perte du pouvoir d’achat et sur les indicateurs économiques qui seraient au rouge. Pourquoi le MSM focalise-t-il uniquement sur la soi-disant ‘frustration’ de la population alors que les employés du service civil semblent être satisfaits de la performance du gouvernement ?
PJ : Dans quelques temps, vous allez me dire vous-même si la majorité des employés du gouvernement sont satisfaits ou pas. Je vous ai dit que le MSM défend avant tout l’intérêt de la population. Notre alliance est avec la population et avec personne d’autre. Nous critiquons la performance générale du gouvernement, leur façon de gérer le pays, la culture d’opacité qui prévaut. Nous dénonçons les crimes commis dans le dos de la population, alors que l’on sait que ce gouvernement avait promis monts et merveilles et avait comme programme de ‘put people first’. Je vois plutôt que Sithanen est en train de ‘put people last’ et ‘put his private sector people first’.
Vous dîtes que d’après le MSM, les indicateurs économiques seraient au rouge. Ce n’est pas nous qui le disons. Ce sont les chiffres du CSO et de la Banque de Maurice qui le prouvent. Savez-vous que la balance commerciale du pays est déficitaire de Rs 57 milliards, soit 30% du PIB ? Savez-vous que le déficit des comptes courants est déficitaire de presque Rs 20 milliards, soit à hauteur d’environ 10% d PIB ? Ces deux indicateurs, en eux-mêmes démontrent qu’il existe des ‘serious imbalances’ dans l’économie du pays. Sithanen évite d’en parler. Savez-vous que l’épargne nationale baisse dramatiquement et qu’il y a un exode de capitaux en raison de la taxation des intérêts sur les dépôts ? Sithanen évite de donner les chiffres absolus pour ce qui des dettes publiques, alors qu’il en raffolait quand il était dans l’opposition ? Serait-on en train d’inventer tout cela ? Je demanderai aux journalistes de consulter régulièrement les indicateurs publiés par le CSO et la Banque de Maurice et de les interpréter objectivement. Vous verrez vous-même alors qui dit la vérité et qui ment.
Samedi Plus : Les ménagères s’inquiètent des augmentations de prix des produits de première nécessité (lait, riz, farine, etc). Quelles en sont les véritables causes ? Pourquoi cachez-vous les problèmes d’inflation importée ?
PJ : Je n’ai jamais caché le fait que sur le plan international, les prix des denrées de base en général augmentent. Ce n’est pas un phénomène nouveau. Ce phénomène nous avait également frappé de plein fouet quand nous étions au pouvoir. Quand nous disions à l’époque la vérité à la population, que faisait Sithanen dans l’opposition ? Il faisait du porte à porte pour mettre tout le blâme sur le gouvernement et avait promis que si l’Alliance Sociale arrivait au pouvoir, non seulement les prix cesseraient d’augmenter mais qu’ils baisseraient. C’était cela la démagogie et Sithanen en fait les frais aujourd’hui.
Mais en sus de cela, dans le cas du lait en poudre, nous savons tous comment le ministre du Commerce a déstabilisé ce marché par ses actes irréfléchis. Nous connaissons tous le saga du lait Amul. Le ministre Jeetah avait promis que les Mauriciens allaient pouvoir acheter du lait à meilleur marché. Il avait prétendu briser certains monopoles. Mais en fin de compte, ce sont les consommateurs qui paient les pots cassés, car les prix ont doublé en l’espace de ces trois dernières années.
Par ailleurs, il a eu l’effet dévastateur de la dépréciation délibérée de la roupie sur les prix des denrées alimentaires importées. Sans oublier que la situation s’est aggravée concernant le riz et la farine quand le ministre des Finances a aboli les subsides gouvernementaux sur ces deux commodités de base dans le Budget 2006/2007. Le prix du riz de ration a augmenté de Rs 1.90 la livre et celui de la farine de Rs 4.15 la livre. Sithanen n’a donné aucune garantie que les prix n’allaient pas augmenter dans les mois à venir. Mais, il faut rappeler qu’en abolissant les subsides, Sithanen avait déclaré qu’il n’y avait pas d’autres alternatives. Il a, par la suite, reconnu son erreur mais triche toujours parce que c’est à travers une surtaxe imposée sur les produits pétroliers que paient les usagers de la route qu’il est en mesure de ‘cross subsidise’ le riz et la farine.
Samedi Plus : Si vous étiez encore ministre de l’Economie et des Finances, quelles mesures aurez-vous pris pour inverser la tendance actuelle des prix ?
PJ : D’abord, je n’aurai jamais dévalué la roupie comme Sithanen l’a fait entre 2006 et 2007. Deuxièmement, je n’aurai jamais aboli les subsides directs sur le riz et la farine.
Samedi Plus : Comment calculez-vous le panier du CPI ?
PJ : Ce n’est à moi ou à vous de calculer le panier du CPI. Il y a le Bureau Central des Statistiques pour faire ce travail. Mais, ce que je déplore, c’est qu’il y a eu manipulation au niveau du panier du CPI sous l’instruction du ministre des Finances dans le but de trafiquer le taux d’inflation.
Samedi Plus : Croyez-vous que les prix des denrées alimentaires devraient être fixés administrativement ?
PJ : La fixation des prix ne va pas résoudre le problème dans un monde où la libéralisation est le maître mot. Ce qu’il faut, c’est garantir une vraie concurrence et briser les cartels à travers des législations ou des mesures administratives appropriées.
Samedi Plus : Il y a de nombreux petits et moyens opérateurs économiques qui se plaignent de la politique fiscale imposée par Rama Sithanen. Que proposez-vous pour remédier à ce problème qui tend d’appauvrir les petits et moyens commerçants ?
PJ : La politique fiscale de Sithanen appauvrit définitivement la classe moyenne et les petits opérateurs économiques. Je sais que, par exemple, le rabaissement du seul d’exonération pour la TVA de Rs 3 millions à Rs 2 millions affecte de plein fouet les petits et moyens opérateurs. De l’autre côté, la MRA est train d’agir comme un KGB fiscal pour traquer les petits opérateurs. Sithanen, à travers son leurre de business facilitation a attiré dans le ‘tax trap’ nombreux petits et moyens entrepreneurs. Et en même temps, il dit vouloir favoriser une culture d’entreprenariat à travers des PMEs Which is which ? Il y a, sans aucun doute, incohérence et contradiction. La Commission du MSM responsable du dossier des PME se penche actuellement sur les problèmes que vous avez évoqués, y compris le régime fiscal qui est imposé au PME. Nous en tiendrons compte à l’heure de la préparation de notre manifeste électoral.
Samedi Plus : Quelles différences fondamentales existent-elles entre les réformes économiques engagées par le gouvernement MSM/MMM et celles réalisées par l’Alliance Sociale ?
PJ : Les réformes engagées par l’ancien gouvernement visaient à donner au pays et à la population des opportunités de développement pour passer à une autre étape de progrès et de prospérité. Comme je vous l’avais dit tout à l’heure, les réformes sectorielles entre 2001 et 2004 ont visé à consolider les secteurs traditionnels en les permettant de mieux se préparer pour relever les défis de la globalisation. En même, on a innové avec le lancement de nouveaux pôles de développement économiques. Le projet de Duty Free Island se voulait surtout avant-gardiste. Et au niveau des finances publiques, notre réforme visait l’efficience à tous les niveaux et l’utilisation judicieuse des ressources financières. Pour nous, il n’a jamais été question de faire des réformes uniquement pour remplir les caisses d’une poignée de personnes fortunées. Pour nous, il n’a jamais été question d’imposer un fardeau que la population ne peut supporter. Les différences sont effectivement fondamentales.
Samedi Plus : Seriez-vous d’accord avec moi que l’équipe gouvernementale a su rendre notre pays plus attractif aux yeux des investisseurs étrangers. Il y eu des actions concrètes. Par exemple, l’arrivée de Tianli avec des milliards d’investissements ?
PJ : Si je suis votre argumentation, le ministre des Finances aurait dû attirer des investissements dans des projets qui n’existaient pas quand nous étions au pouvoir. Or, tel n’est pas le cas, car les investissements étrangers viennent presque uniquement pour les projets IRS que nous avions lancés et que Sithanen et ses amis au sein de l’Alliance Sociale avaient qualifiés d’apartheid économique. Quant au projet Tianli, dois-je vous rappeler que ce groupe Chinois est arrivé à Maurice sous l’ancien gouvernement et déjà à cette époque il avait annoncé leur intention d’accroître substantiellement leurs investissements à l’avenir. Alors, où est l’exploit réalisé par ce gouvernement ?
Samedi Plus : Qu’en est-il de la maîtrise des dépenses publiques ?
PJ : On ne peut parler de maîtrise au niveau des dépenses courantes, car en réalité, c’est le contraire qui s’est passé en dépit de tout le bla bla bla de Sithanen.
Samedi Plus : Les indicateurs socio-économiques nous démontrent une amélioration des conditions de vie de nos concitoyens contrairement à ce que l’opposition prétend aujourd’hui. Qu’avez-vous à dire là-dessus ?
PJ : J’espère que le voodoo de Sithanen ne vous a pas hypnotisé. Dîtes moi quels sont ces indicateurs qui démontrent une amélioration des conditions de vie des Mauriciens ? Le dernier ‘Household Survey’ du CSO est révélateur à plus d’un titre. Le constat est effarant. Les Mauriciens s’appauvrissent. Le nombre de familles pauvres a dramatiquement augmenté en nombre. Sithanen lui-même dit avoir découvert qu’il y a du ‘absolute poverty’ dans le pays. Le CSO enfonce le clou en affirmant que l’écart entre les riches et les pauvres s’est agrandi. Alors comment peut-on parler d’amélioration ?
Samedi Plus : Que proposez-vous pour alléger la pression fiscale pour favoriser davantage l’investissement privé et, parallèlement assurer une équité dans le traitement des contribuables ? Etes-vous satisfait de la performance de la MRA ?
PJ : J’ai déjà publiquement pris l’engagement qu’aussitôt notre retour à l’Hôtel du gouvernement, je vais restituer dans un premier temps toutes les déductions et autres exonérations fiscales auxquelles les contribuables avaient droit avant que Sithanen ne les abolisse en 2006. Déjà, cela va rétablir l’équité dans le traitement des contribuables, car chaque contribuable vit avec ses propres réalités au niveau de ses dépenses. Dans un deuxième temps, j’ai dit que je vais éliminer carrément l’income tax pour les individus. Les Mauriciens seraient alors encouragés à faire des efforts et à investir sans crainte. Quant à la MRA, je ne l’ai jamais conçu comme un KGB fiscal pour traquer les petits gens.
Samedi Plus : Quels sont les projets socio-économiques qu’il faut exécuter en toute urgence pour répondre aux aspirations de la population ?
PJ : Il faut avant tout dire toutes les vérités à la population concernant la situation réelle au niveau économique et social. L’amélioration du sort de la population, de ses conditions de vie et rétablir la confiance en l’avenir doivent être la priorité des priorités. Force est de constater qu’aujourd’hui, après trois ans de pouvoir de l’Alliance Sociale, c’est l’appauvrissement et la désillusion qui prévalent au niveau de la majorité des Mauriciens. Il est inconcevable que des milliards soient donnés en cadeau à un petit groupe de fortunés, alors que des poussières sont accordées à la population. Il faut une politique socio-économique juste et équitable. Il faut un réel équilibre entre l’économie et le social. Notre philosophie au MSM, c’est le peuple avant tout. Au lieu de bluffs répétitifs, il faut réellement créer de nouvelles avenues d’opportunités pour tous. C’est ce que j’avais en tête en venant de l’avant avec le projet de faire de Maurice une île hors taxe et un centre commercial par excellence dans cette partie du monde. C’est un projet que je vais réaliser si le peuple me fait confiance et je suis confiant qu’on pourra rééditer l’exploit d’un deuxième miracle économique, un véritable ‘Bumper Crop’ pour tous nos compatriotes, indistinctement.
Samedi Plus : Comment répartiriez-vous le rôle du Premier ministre et celui de ministre des Finances dans la gestion des affaires du pays ?
PJ : Dans une équipe réellement gagnante pour la population, le ministre des Finances est l’un des plus proches collaborateurs du Premier ministre et traduit dans la réalité la philosophie socio-économique de celui-ci. Dans le cas présent, malgré les apparences, il n’y a pas de confiance totale entre le PM et son ministre des Finances. Et en plus de cela, le ministre des Finances, lui-même, a traité ses collègues ministres d’hypocrites. Le PM est allé encore plus loin en disant publiquement qu’il n’a pas confiance dans ses ministres. La question que je me pose : avons-nous en face de nous une équipe gouvernementale soudée ou un panier de crabes ?
Samedi Plus : La dette publique demeure une question sensible. Son niveau actuel est-il soutenable ?
PJ : Depuis 2006, j’attire l’attention de la population sur la descente aux enfers concernant la dette publique qui a augmenté d’un milliard de roupies par mois. Aujourd’hui, la dette publique a atteint la somme astronomique de Rs 160 milliards en dépit du fait que Sithanen a manipulé les chiffres en se débarrassant du Consolidated Sinking Fund, éliminant ainsi Rs 6 milliards du chiffre de la dette publique. Cette descente aux enfers à résulté en la décision de Moody’s de rétrograder Maurice de Baa1 à Baa2. Pourtant, Sithanen, lui, s’est permis de dire au Parlement que le niveau de la dette publique est « low on international standards ». Il s’est donné lui-même le droit d’emprunter encore plus. En ce faisant, il n’y a nul doute qu’il hypothèque l’avenir, surtout quand on sait que ces emprunts n’ont pas été utilisés jusqu’à présent pour réaliser des projets de développement d’envergure nationale.
Samedi Plus : Les réformes économiques de l’Alliance MSM/MMM ont-elles vraiment donné des résultats de 2000 à 2005 ?
PJ : Nos réformes avaient commencé à porter leurs fruits en 2004. Je peux vous dire que sans ces réformes que Sithanen avait tant critiquées quand il était dans l’opposition, le pays aurait été à genoux aujourd’hui.
Samedi Plus : Avez-vous déjà une idée des grandes lignes du projet de société qu’un éventuel gouvernement MSM/MMM compte apporter, en cas d’une reprise du pouvoir ?
PJ : Cette question est hypothétique, car il n’y a pas valeur jour d’alliance MSM/MMM. Je peux parler uniquement en ce qui concerne le MSM. J’ai déjà pris des engagements au niveau fiscal, en ce qui concerne la communauté des petits planteurs et au niveau du Law & Order. Les différentes commissions du MSM travaillent actuellement sur notre manifeste électoral. On a déjà des idées nouvelles que nous peaufinons et que nous rendrons public en tant et lieu.